Echos de la Convention Citoyenne pour le climat.

 "L’écologie souriante est-elle possible ? "

 « Le gouvernement hésite. Il cherche le courage pour y aller. Il guette l’approbation. »

Cet aveu a été proféré samedi devant les cent cinquante membres de la Convention Citoyenne pour le climat réunis à Paris au Palais d’Iéna par Laurence Tubiana, ancienne conseillère de Lionel Jospin et de Laurent Fabius, co-organisatrice avec Thierry Pech, fondateur du think-tank Terra Nova, de la Convention.

Durant ce premier week-end, les conventionnels ont eu, en effet, l’impression assez désagréable d’avoir été invités à réfléchir sur des problèmes dont la solution avait déjà été arrêtée, si ce n’est adoptée.

Il a été clair, en effet, dans le discours – au demeurant assez médiocre- d’Edouard Philippe qu’une part majorée du nucléaire dans l’énergie était déjà actée. Le Premier Ministre a expliqué que le nucléaire était moins polluant que le pétrole et le charbon, qu’il était globalement moins cher que les autres énergies, et qu’il assurait en outre l’indépendance énergétique de la France. De même, il est clair qu’un rétablissement majoré de la taxe carbone est déjà décidé pour les mois qui viennent et que la Convention est priée de statuer dans ce sens.

Le sentiment qui se dégage de la réflexion des conventionnels qui ont tous fait un gros effort de préparation des débats et d’attention à ceux-ci, quels que soient leur origine, leur profession, leur âge, ou leur niveau d’étude, est que cette réunion, présentée comme une assemblée expérimentale devant changer les règles du dialogue démocratique et aboutir à une forme législative transmise sans filtre , était, en fait, le moyen de faire porter la responsabilité de mesures impopulaires à une délibération collective ayant, par conséquent, force de loi.

Les organisateurs, néanmoins, en sont parfaitement conscients, même s’ils prétendent que la manière qui nous est proposée de délibérer de manière institutionnelle à travers un tirage au sort choisi par algorithme mettra fin à « une promesse démocratique trahie depuis deux cents ans ».

Ce vaste programme expérimental est donc, on le voit, encore plus ambitieux que l’exercice de la transition énergétique.

Celle-ci peut-elle se faire dans le cadre d’une « écologie souriante » ? D’évidence, rien n’est moins sûr quand on sait qu’une autre mesure, manifestement déjà dans les tuyaux, consisterait à faire supporter aux entreprises un « forfait mobilité » de 400 € annuels récompensant les salariés « bons élèves » qui utiliseraient les transports en commun ou le co-voiturage.

Durant ce premier week-end, l’impression qui s’est également dégagée est que l’analyse du problème écologique est faite par des sachants, adoptant la même position, et refusant d’emblée toute solution innovante. J’ai personnellement posé à Mme Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue, la question de savoir ce qui avait causé la petite glaciation ressentie au XVIII° siècle qui avait amené Montesquieu à reprendre les travaux d’Hippocrate et d’Aristote sur le théorie des climats.

La réponse a été fort claire : « La baisse de température ressentie en France au XVIII° siècle est due à une série d’éruptions volcaniques qui dont les particules ont créé un filtre naturel au rayonnement solaire. »

Mais à la question : « Ne peut-on pas doper de manière expérimentale cette activité volcanique et récupérer du même coup l’énergie contenue dans la lave ? » la réponse est plus floue : « Ce n’est pas envisagé car ce serait traiter le mal par le mal. »

Aux yeux des scientifiques bien-pensants, il n’y a donc qu’une solution : faire du vélo et empêcher les vaches de produire des gaz à effet de serre.

Or, toute l’histoire de la science démontre qu’elle n’a évolué qu’à travers des théories marginales et au départ si ce n’est interdites, du moins controversées. Pourtant le constat est péremptoire : le réchauffement climatique a commencé en 1750 sous l’ influence des pollutions industrielles et il est actuellement d’1% tous les cent ans alors qu’il devrait l’être d’1% tous les mille ans . Mais on oublie de dire qu’il évolue encore aujourd’hui en raison de la force d’inertie climatérique qui est d’environ trente ans après restauration de la couche d’ozone. Or, ses lésions ont commencé à décroitre en 1990, et nous n’en ressentons pas encore les effets.

Pour autant, la France continue à produire 6,6 tonnes de gaz carbonique par personne et pas an. 27% de son littoral est guetté par l’érosion, et malgré cela, aucun d’entre nous ne peut encore mesurer son propre bilan carbone. Si les choses restent en l’état, nous entrerons sous peu dans le territoire inconnu d’un climat différent avec la prolifération d’algues toxiques, de moustiques qui obèreront les limites physiologiques humaines déjà atteintes dans certains pays tropicaux.

« Ce que sera la France en 2050, c’est à vous de me le dire » confesse Edouard Philippe dans un magnifique aveu d’impuissance ».

Au fond, la Convention citoyenne est pour le gouvernement un moyen commode de contrebalancer les lobbys, industrie automobile et grande distribution. Il serait simple d’interdire la vente des produits préemballés. Il serait simple de prendre une Loi Evin interdisant la publicité sur les cross over et les 4/4. Mais ce serait contrarier des gens bien puissants, et il vaut mieux, par conséquent, n’adopter aucune stratégie nationale, proposer des mesures fragmentaires, laisser les élus artificialiser les sols et ne pas intégrer le problème du climat dans les décisions publiques.

A dire vrai, la population de la France représente en tout et pour tout trois villes chinoises. Aussi la Convention citoyenne pour le climat devra-t-elle sans doute, faute de mieux, se contenter d’avoir valeur d’exemple.

Florence Mothe. 

Florence Mothe chateau.mongenan@free.fr 653 .

Echos de la Convention Citoyenne pour le climat. Acte 2.

 "Du doute à la perplexité. "

 Une gigantesque galère composée d’un sapin de vingt-quatre mètres coupé en deux posé sur des feuilles de cuir fraîchement tanné qui répandent une odeur pestilentielle , œuvre du Pape de l’arte povera Guiseppe Penone, habite la salle hypostyle du Palais d’Iéna.

Ce dépôt de la FIAC est symbolique de la deuxième session de la Convention citoyenne sur le climat réunie le week-end dernier à Paris, au Conseil économique, social et environnemental. Quarante suppléants avaient été désignés au départ en cas d’empêchement des cent cinquante titulaires. Cette précaution s’est avérée sage car on découvrait ce vendredi beaucoup de nouvelles têtes parmi les conventionnels.

Soucieux de ne pas se laisser endoctriner, ces derniers ont accueilli avec un certain agacement la communication très orientée de Mme Katheline Schubert, professeur d’économie à l’Ecole d’Economie de Paris et membre du CESE, sur la taxe carbone, qualifiée « d’impopulaire, mais nécessaire. »

Les réactions de l’assistance que les animateurs ont eu quelque mal à maitriser étaient observées avec attention, du haut des travées par M. Jean Jouzel, lui aussi membre du CESE et directeur de recherche émérite au CEA.

Celui que l’on présente souvent comme le premier climatologue français, a été durement pris à partie dans l’ouvrage publié en 2012 par Christain Gérondeau aux Editions du Toucan « Ecologie, la fin des illusions » dans lequel l’ancien Monsieur Sécurité Routière affirme que Jean Jouzel est glaciologue et non climatologue et que cet inspirateur du Grenelle de l’environnement devenu incontournable ne serait à son poste que pour visser un système, celui de l’IPCC (Intergovernemental panel on climate change) que nous appelons GIEC (Groupe intergouvernemental des experts du climat), qui recouvrirait non un organisme à caractère scientifique, mais un organisme destiné à avaliser les positions politiques de 195 gouvernements hâtivement recouvertes de pseudo-connaissances scientifiques.

Cette position abrupte ne peut qu’interpeler le conventionnel quand on sait que les préconisations du GIEC sur l’abandon des énergies fossiles coûteraient 12 280 milliards de dollars à être mises en œuvre, somme qui devrait être essentiellement dépensée dans les pays en voie de développement mais financée par les pays développés qui, d’évidence, n’y sont pas disposés.

On comprend, dés lors, la position qui est celle du gouvernement, de renforcer la filière nucléaire, tout en faisant croire que les énergies nouvelles seront soutenues. Elles ne pourront l’être que dans le cadre de dépenses « méta- publiques », c’est-à-dire dans le cadre de dépenses qui résultent de décisions publiques mais ne transparaissent pas dans les comptes publics car elles sont prises en charge par les consommateurs ou d’autres acteurs économiques.

Or, le consommateur ignore généralement que l’électricité est si abondante en France que notre pays en exporte 360 jours par an et en importe seulement 5 jours. En bonne logique, les prix, au lieu de toujours augmenter jusqu’à être insoutenables pour la plupart des utilisateurs, devaient être fortement minorés. Où passe donc l’argent ? Pourquoi avoir imposé des ampoules coûteuses et prétendument solides alors que chacun constate qu’elles sont beaucoup plus fragiles que les anciennes ?

Ces observations quotidiennes ne peuvent qu’inquiéter les membres de la Convention sur le climat dont le scepticisme évolue de la méfiance à la curiosité, du doute à la perplexité voire à la suspicion. Cette suspicion s’installe carrément quand les intervenants expliquent le mécanisme compliqué des quotas de taxe carbone régi au niveau européen qui sont mis aux enchères et peuvent être revendus au plus offrant, d’où une spéculation juteuse pour certains.

Les économistes ont cependant calculé que le vrai coût de la nature est de 15 millions d’€ par an et par personne. On ne peut donc qu’en arriver à la conclusion que tout le bastringue climatique est beaucoup plus économique qu’éthique.

Samedi, la journée a été consacrée aux réflexions des différents groupes dans une atmosphère studieuse de café du commerce . Une intervenante s’est détachée du lot, Alma Dufour, qui a reconnu l’incompatibilité manifeste entre l’économie circulaire et l’économie mondialisée. Car les modèles non polluants qu’on présente en Europe comme le fin du fin, la voiture électrique par exemple, aboutissent en fin de compte à une pollution délocalisée, tout comme le recyclage, notamment des vêtements qui s’avère aléatoire est le nouvel Eldorado des investisseurs malins qui ont déjà fait fortune sur le dos des consommateurs dans l’eau ou dans le pétrole.

Florence Mothe. 

Florence Mothe chateau.mongenan@free.fr 655 .