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La GARONNE
 
et ses
 
AFFLUENTS DE LA RIVE GAUCHE
par

André REBSOMEN 

FERET et fils éditeurs
 
9 rue de GRASSI
 
BORDEAUX
1913

Collection privée

Passage concernant:

SAUTERNES

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Nous allons maintenant traverser le Ciron sur le pont de la Magdelaine, ainsi nommé d'une petite construction en ruines qu'on découvre tout auprès du Ciron, sous les arbres et dans un coin très pittoresque. C'est une simple enceinte rectangulaire bâtie en belle pierre. On l'appelle la chapelle de la Magdelaine, mais rien n'indique qu'elle en fût une.

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Il semble, bien au contraire, que nous soyons en présence d'un fortin ou tour carrée, tout comme la Tourasse de Léogeats. Nous gravissons le coteau en pente douce et nous voici rendus au château Filhot habité par le comte Eugène de Lur Saluces. 

Cette demeure moderne fut reconstruite en 1845, au milieu d'un parc superbe où croissent des milliers d'arbres aux essences variées, chênes, bouleaux, cèdres, hêtres pourpres, peupliers, dont les masses profondes se reflètent dans une large pièce d'eau. 

Les souvenirs historiques de cette magnifique résidence se rattachent à l'un de ses anciens propriétaires, Jacques de Filhot, trésorier général de France en la généralité de Bordeaux,qui déploya, pendant la révolte de l'Ormée, à Bordeaux, en 1651, un dévouement remarquable à la cause royale. 

La famille de Filhot, célèbre dans l'histoire du Parlement de Bordeaux, était déjà connue en 1450.

D'autres parlementaires, les d'Arche habitaient près de là le château qui porte encore leur nom, mais qui n'offre plus guère d'intérét. Il rappelle seulement une famille d'ancienne origine qui fournit plusieurs membres distingués au Parlement de Bordeaux et à la cour des Aides de Guyenne. M. J. Lafaurie en est à présent propriétaire.

Le château d'Arche, sur la hauteur, est séparé du bourg de Sauternes par un vallon assez profond. 

Sauternes possède une vieille église à abside romane dont les pierres gardent encore de nombreuses marques de tâcherons. Tout auprès, le presbytère conserve, dans une de ses chambres, un tableau de valeur de l'école italienne, représentant saint Jean-Baptiste dans le désert. 

La peinture est un peu grise, mais les chairs sont bien peintes et la tête est vivante et expressive.

Laissant Sauternes et inclinant vers le nord-est, nous atteignons bientôt le château Yquem, propriété du comte Eugène de Lur Saluces.

Cette demeure seigneuriale des XVIe et XVIIe siècles se présente d'une façon assez pittoresque. Une cour carrée avec courtine crénelée est flanquée aux angles de trois tours rondes percées de meurtrières à mousquet, et au quatrième angle nord-est, d'une tour oblongue. 

Sur les façades est et ouest s'ouvrent les deux portes d'entrée placées, sous des tours carrées à un étage. La tour est, renferme, au premier étage, la chapelle et extérieurement, une bretèche.

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 Les vanteaux de la porte sont en bois, doublés à l'intérieur de traverses disposées en losange. Au centre de la cour, un puits dont la margelle, à rebords et la panse renflée semblent indiquer le XVIe siècle.

Autrefois les sires de Sauvage habitaient le castel. François de Sauvage, écuyer, sieur d'Yquem, prend part, en 1649, aux séances préparatoires à la tenue des Etats généraux que Mazarin voulait convoquer à Orléans, mais qui échouèrent. 

Plus tard, Laurent de Sauvage d'Yquem, ancien colonel d'infanterie, marie sa fille, Françoise Joséphine, en 1785, avec Louis Amédée de Lur Saluces, colonel du Régiment de Penthièvre Dragons. Depuis cette époque la noble famille des Lur Saluces conserve cette demeure fort agréable.

Mais ces souvenirs ne sont rien à côté de la gloire dont le vignoble d'Yquem jouit depuis tant d'années, presque depuis des siècles. C'est en ces lieux, sur ces hauts coteaux du Ciron, que l'on cueille un raisin doré d'où sortira la liqueur vermeille, véritable nectar divin, que la France et les nations lointaines dégustent avec respect et savourent avec convoitise.

Un vieux chevalier disait, en parlant de ce vin: « Il n'y a à le boire que les Dieux, nos dames et nous, les Dieux debout, nos dames assises et nous à genoux! »

Mais pour arriver à cette perfection, quels soins minutieux et attentifs ne faut-il pas! Les vendanges se conduisent avec un art consommé. On laisse les raisins se confire au soleil, et les bons grains, soigneusement détachés de la grappe, sont précieusement recueillis. 

Plusieurs cueillettes se succèdent ainsi, constituant l'origine de plusieurs sortes de vins. Et lorsque le liquide précieux est recueilli dans les barriques, quelle prudence ne faut-il pas encore pour arriver à le faire vieillir et à lui faire produire tout son bouquet, sa saveur et sa finesse !

Ces opérations difficiles à bien mener sont confiées à un personnel qui habite la localité et qui se transmet cette charge délicate de père en fils depuis nombre de générations.

  

 

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Réalisée le 15 avril  2002  André Cochet
Mise sur le Web    mai  2002

Christian Flages

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